Google

mardi 13 mai 2008

BETON

Mardi 13 mai 2008 : Un nouveau jour ensoleillé veille sur notre petite Belgique. Il est bien temps de passer aux choses officielles. Je m’applique donc à imprimer le reste du dossier pour effectuer l’envoi de cette fameuse réclamation auprès de notre chère Echevine de l’Urbanisme. Je me demande si les photos imprimées sur une A4 ne sont pas trop petites mais mon pote Gégé, qui a l’habitude de ce genre d’affaires, me rassure de sitôt et nous finissons par coller cette enveloppe.

Toute bonne organisation inclut la mise au point d’un agenda afin que le contact avec les autorités soit béton. Envoi de la lettre en courrier simple, puis dans quelques jours un petit coup de fil, et si tout cela ne donne rien… renvoi du dossier par email. Nous verrons dans une semaine si quelque chose se met en place. Autrement, nous rattaquons et cette fois, ce sera le recommandé, c’est sûr !

Je suis assez fier de ce courrier dans lequel, Gégé et moi, avons réussi à concentrer tout un tas d’informations qui, au départ, n’étaient pas nécessairement faites pour être associées. Le caractère homogène de cette rédaction donne à cet imbroglio une véritable raison d’être. Je n’ai généralement pas pour habitude de lier mon handicap à des situations préjudiciables mais, cette fois-ci, c’est bien de cela qu’il s’agit. Je ne suis pas honteux de mon corps ni de la façon dont je me débrouille mais de là à être exposé à toute heure du jour et de la nuit lorsque je vaque à mes occupations en cuisine ou dans ma cour, là, je ne suis plus d’accord. J’ai pourtant tenté maintes et maintes fois de leur expliquer que ça me dérangeait, rien n’y fit. Il semble que leur égoïsme dépasse toute forme d’intelligence comme si leur obsession d’afficher des signes extérieurs de richesse leur échappait ou leur était devenue incontrôlable. Ce désir de terrasse est chez eux un véritable enjeu de promotion sociale : montrer aux visiteurs cette vue imprenable. « Mais Monsieur JMPPRL, vous avez un jardin pour prendre le soleil, pourquoi tenir absolument à imposer votre facies et ceux de votre entourage aux gens qui ne souhaitent pas être observés dans leur intimité ? Ce n’est pas très correct ! Et vous, Madame Duella, vous prenez Agaga par la main jusqu’aux rebords de votre rocher… Et si, pour ma part, j’avais décidé de me promener en petite tenue voire nu par cette chaleur infernale, m’auriez-vous, sous le regard narquois de votre enfant, traité d’exhibitionniste pervers ?

Après que tout cela m’ait fortement dérangé, j’ai su que tout cela me dérangerait à jamais et rien que de sentir votre présence intrusive sur cette plate-forme, à quelques ocularités de ma demeure, quelque chose en moi se déclenche tel un malaise que je ne peux soigner seul. Je n’ai pas choisi de vivre avec vous, un peu de retenue, bon sang ! Toutes les fois où je me suis arrangé pour organiser le sommeil de votre chère petite Agaga. Eh oui, j’ai baissé de nombreuses fois la télé bien bas à partir de 19h et cessé de faire de la musique ! Et non, je n’ai jamais emménagé la chambre du haut jouxtant celle de votre enfant pour ne pas la déranger pendant ses jolis rêves. Vous imaginez mes déplacements en tabouret dans la pièce juste à côté au moment je regagne ma chambre. Et si je n’arrivais pas à dormir, de quelle intensité seraient ses hurlements lorsqu’elle entendrait mes va-et-vient de nuits blanches. Vous êtes-vous déjà posé la question ? A tout cela, jamais un merci ! C’est tout simplement lamentable ! Là où réside l’inconciliable, devra tôt ou tard régner la justice équitable ! J’irai jusqu’au bout de ma démarche.

Mardi 13 mai 2008

« Madame l’Echevine de l’Urbanisme, Environnement, Patrimoine, Petite Enfance (Crèches et Prégardiennats),

Je me permets de vous écrire ce courrier pour solliciter votre intervention dans ce que j’appellerais un « déploiement urbanistique abusif » de la part de mes voisins du n°Xbis, rue Y.

Au début de l’année 2003, j’ai emménagé dans la maison familiale sise rue Y n°X, laquelle répondait enfin à mes besoins de personne handicapée à mobilité réduite. Ma condition ne m’a pourtant pas empêché de faire des études à l’U.L.B. et d’être l’initiateur d’événements humanitaires au profit des Restos du Cœur de Belgique sous le Haut Patronage du Palais Royal. Cette légère digression n’a pas pour but de vanter mes mérites mais de vous aider à mieux cerner ma personnalité.

En 2004, mes nouveaux voisins du n°Xbis rue Y ont entamé des travaux de transformation dont j’ai subi les agressions incessantes jusqu’à ce jour (martèlements et forages en tous genres et à toute heure). A mon grand étonnement, une veranda fut adossée au mur mitoyen de l’arrière-cour ; j’ai bien vite compris qu’il fallait que je réagisse auprès du service urbanistique de l’administration communale qui m’informa qu’il n’y avait pas de permis délivré. Par la suite, j’ai envoyé un courrier, resté sans réponse, à Monsieur D., Contrôleur des Travaux au Service de l’Urbanisme.

A la fin de l’année 2007, rebelotte ! En quelques jours, j’ai vu construire une terrasse sur le toit plat de l’extension-arrière donnant directement sur mon jardin… et sur ma cuisine ! Ces travaux sont une nouvelle atteinte à ma vie privée et une altération conséquente du bâtiment d’origine. Je refuse d’être soumis aux regards indiscrets de mes voisins et invités lorsque je m’adonne à mes activités quotidiennes. Mon handicap devrait naturellement susciter une retenue particulière; hors, la fantaisie expansionniste de mes voisins du Xbis ne connaît ni de limite ni de volonté de conciliation.

J’espère pouvoir compter sur votre intervention dans ce litige pour rétablir une certaine justice équitable et légale traduite, selon moi, par l’application conforme aux règles urbanistiques de la Commune, à savoir le retrait pur et simple de la terrasse et de la veranda.

D’avance, je vous remercie de l’intérêt que vous porterez à ma requête et vous prie de croire, Madame l’Echevine de l’Urbanisme, Environnement, Patrimoine, Petite Enfance (Crèches et Prégardiennats), en l’expression de mes sentiments distingués. »

dimanche 11 mai 2008

AGAGA

Dimanche 11 mai 2008 : Comme bien souvent, à l’heure de midi, le café coule et le chat a faim. Aujourd’hui, c’est dimanche et le beau temps impose son soleil de plomb. J’attends avec impatience que ce perco ait fini son œuvre car il me tarde d’oublier cet arrière-goût de Dafalgan que je viens de prendre pour contrer une migraine fortement désagréable.
Mon plus grand plaisir dans la journée, c’est, sans commune mesure, le moment où je constate que mon petit Gaspard apprécie ce que je lui donne à manger. Sa queue frétille, il fait des cercles de va-et-vient comme s’il était attaché à son assiette et qu’il ne pouvait pas s’en éloigner tant que son estomac implorait les douces caresses de la terrine de thon ou du poulet/dinde en sauce. Je suis donc son rituel avec beaucoup de satisfaction.
Puis, dans sa promenade post-festinale, il s’arrête en plein milieu de la cour et me regarde fixement au travers de la fenêtre. Je ne comprends pas tout de suite ce qu’il essaye de me communiquer mais ça ne va pas tarder à venir… Je lui pose donc la question à haute voix car oui, effectivement, je parle à mon chat !

- Dolly : « Qu’est-ce qu’il y a, Gaspard ? »

Son regard persiste et soudainement j’entends :

- Agaga : « Agaga ! »
- Duella : « Shhht ! »

Là, je sens qu’une présence n’est pas très loin et, comme par réflèxe, mon regard se porte sur la terrasse-mirador. Effectivement, Duella avait conduit Agaga au rebord sécurisé du précipice, lui permettant ainsi de contempler la vue imprenable que Papa et Maman avaient réussi à arracher au mépris du voisinage.
Le « Shhht ! » de Duella représentait manifestement la gêne qu’elle éprouvait au moment où elle réalisa que leur simple présence était sans conteste une intrusion dans la vie privée de son voisin et, pour ne pas être prises en flagrant délit de violation oculaire, Duella choisit de rebrousser chemin en compagnie de la charmante Agaga.
Je vis, malgré moi et par la nonchalance d’un vent timidement courageux, ce qu’il n’est généralement pas autorisé de voir chez sa voisine, de surcroît mariée, sa petite culotte. Ce n’est quand même pas de ma faute si l’on finit par être témoin de choses saugrenues du simple fait que l’on habite chez soi et que l’on voit s’offrir en hauteur, au gré des secouettes venteuses.

PLEIN SOLEIL

Vendredi 9 mai 2008 : Plein soleil. L’heure du midi. Je suis en train de prendre mon café tranquillement dans la cuisine. D’un seul coup, je vois surgir un crâne rasé par-delà la balustrade. Ce n’est pas un habitué, je le remarque tout de suite. Il parcoure l’horizon d’un air dégagé à travers ses lunettes noires et dépose sa mallette sur l’une des chaises adossées au rebord de cette construction aux multiples tubularités. L’on entend si bien ce qui se dit que je décèle directement un rendez-vous d’affaires. Genre : « 30.000 EUR…, », « Vous pouvez choisir celui qui vous plaît ! »
Qu’il est agréable de pouvoir accueillir ses clients, chez qui tout reste à séduire, sur le haut de son rocher tel un Monsieur « Je me prends pour le Roi Lion » n’existant à peu de chose près que par un torse bombé sur un panoramique plongeant ! Je remarque également que l’on avait pris garde à s’assurer le retrait léger de la table des négociations vers l’intérieur de la terrasse pour ne pas avoir à subir une fois de plus « les remarques outrageantes » de ce pestiféré des Herbes Hautes.
Le temps passe et je choisis de zapper sur cette problématique à chaque fois un peu plus dérangeante. Mais, tel un grain de sable déposé il y a quelques mois dans le mécanisme des conséquences inévitables, le téléphone retentit… En ligne, je vous laisse deviner,… Monsieur « Je me prends pour le Roi Lion » !

- M. JMPPRL : « Allô, Dolly, je ne te dérange pas ? C’est JMPPRL… »
- Dolly : « Non, qu’y a-t-il ? »
- M. JMPPRL : « Je ne te dérange pas ? »
- Dolly d’un ton légèrement exacerbé : « Non, qu’y a-t-il ??? »
- M. JMPPRL : « J’ai laissé tombé une feuille dans ta cour et je crois que ton chat a fait pipi dessus ???? »
- Dolly : « Je ne crois pas que mon chat fasse pipi sur les feuilles !!!! »
- M. JMPPRL : « Sisi, je crois qu’il a fait pipi dessus !!! »

Je me dis que ce JMPPRL commence vraiment à exagérer… Déjà qu’il a voulu m’imposer de force sa terrasse-mirador ! Maintenant, il voudrait m’imposer tous les problèmes qui en résultent, c’est consternant !!! On fait le malin devant ses clients, on parade devant ses voisins et on revient la queue entre les jambes pour récupérer sa feuille, c’est lamentable ! Je me dis qu’il doit pas mal prendre sur lui pour m’appeler.

- Dolly après quelques secondes de réflexion : « Bon, je me prépare à t’accueillir et tu viens chercher ta feuille dans cinq minutes ! »
- M. JMPPRL : « Bon, d’accord ! »

Cinq minutes plus tard, la sonnette retentit et je lui ouvre à distance.

- M. JMPPRL : « Y’a quelqu’un ??? »
- Dolly : « Oui, ici !!! »
- M. JMPPRL : « Ouhouh, y’a quelqu’un ??? »
- Dolly : « Oui, ici ! N’aie pas peur, je n’ai pas encore de riot-gun ! »
- M. JMPPRL en tendant le bras pour me serrer la main : « Je suis vraiment désolé, j’ai fait tomber une feuille dans ta cour et je crois que ton chat a fait pipi dessus !!! »

Je me demande vraiment pourquoi il insiste autant sur le pipi de chat. Etait-ce une manière peu subtile de tenter de me gêner et de par-là me forcer à lui restituer sa feuille rapidement ? Drôle de façon d’envisager le rapport aux autres. Ce type est vraiment très bizarre, encore une nouvelle stratégie pour si peu. Il doit être atteint de « stratéplasmose aiguë ! ». Le cas présente tous les symptômes d’une véritable affection. Bref, c’est son problème et je relâche les aiguilles du temps.

- Dolly : « C’est par-là, tu peux aller chercher ta feuille dans la cour ! »

J’observe le personnage vaquer à sa mission. Arrivé au lieu des opérations, il se baisse, prend la feuille, se relève et fait une pause. Il semble admirer la nature sauvage de mon jardin mais je décèle une étrange difformité sur son visage que l’on pourrait traduire par un sourire en coin. Et là, me vient une idée fugace. Aurait-il balancé cette feuille expressément par le dessus du mur afin d’élaborer un scénario pour pouvoir venir faire sa petite inspection des lieux ? Aujourd’hui, je continue à me poser la question. Une chose est sûre : cette pause était trop longue pour être considérée comme normale.

Quelques secondes en trop plus tard, il revient vient vers moi avec cette question pour le moins malhabile, je dirais même pour une fois mal habillée :

- M. JMPPRL : « Au fait, où en sont tes travaux pour insonoriser ? »
- Dolly : « Je ne vois pas de quoi tu parles !!?? »
- M. JMPPRL : « Mais si, tu avais dit que tu allais insonoriser l’endroit où tu faisais de la musique ! Ta cave ou je ne sais pas !!?? »
- Dolly interloqué par cette question audacieuse, mais tellement mal habillée qu’elle suscitait naturellement un blocage de circonspection, rétorqua poliment : « Prrruuttt ??? Je ne vois pas de quoi tu parles !!?? »
- M. JMPPRL : « Ah bon, je croyais pourtant que… C’est rien ! Au revoir ! »

Sans plus attendre et sans même me serrer la main cette fois, cet étrange personnage, pas mal décontenancé par ce que j’appellerais mon « Etonnant Prrruuttt ! » tourne les talons et s’en repart quelque peu défait. Je pense sincèrement qu’au niveau de la stratégie, il y a encore assez bien de travail à faire.

Et, dans ma grande magnitude, comme pour le soutenir moralement dans mon couloir de retour, je lui sers un dernier « Au revoir ! » que je recouvre d’un joli « J’espère que ta feuille n’est pas trop abîmée !!! ».