Toute bonne organisation inclut la mise au point d’un agenda afin que le contact avec les autorités soit béton. Envoi de la lettre en courrier simple, puis dans quelques jours un petit coup de fil, et si tout cela ne donne rien… renvoi du dossier par email. Nous verrons dans une semaine si quelque chose se met en place. Autrement, nous rattaquons et cette fois, ce sera le recommandé, c’est sûr !
Je suis assez fier de ce courrier dans lequel, Gégé et moi, avons réussi à concentrer tout un tas d’informations qui, au départ, n’étaient pas nécessairement faites pour être associées. Le caractère homogène de cette rédaction donne à cet imbroglio une véritable raison d’être. Je n’ai généralement pas pour habitude de lier mon handicap à des situations préjudiciables mais, cette fois-ci, c’est bien de cela qu’il s’agit. Je ne suis pas honteux de mon corps ni de la façon dont je me débrouille mais de là à être exposé à toute heure du jour et de la nuit lorsque je vaque à mes occupations en cuisine ou dans ma cour, là, je ne suis plus d’accord. J’ai pourtant tenté maintes et maintes fois de leur expliquer que ça me dérangeait, rien n’y fit. Il semble que leur égoïsme dépasse toute forme d’intelligence comme si leur obsession d’afficher des signes extérieurs de richesse leur échappait ou leur était devenue incontrôlable. Ce désir de terrasse est chez eux un véritable enjeu de promotion sociale : montrer aux visiteurs cette vue imprenable. « Mais Monsieur JMPPRL, vous avez un jardin pour prendre le soleil, pourquoi tenir absolument à imposer votre facies et ceux de votre entourage aux gens qui ne souhaitent pas être observés dans leur intimité ? Ce n’est pas très correct ! Et vous, Madame Duella, vous prenez Agaga par la main jusqu’aux rebords de votre rocher… Et si, pour ma part, j’avais décidé de me promener en petite tenue voire nu par cette chaleur infernale, m’auriez-vous, sous le regard narquois de votre enfant, traité d’exhibitionniste pervers ?
Après que tout cela m’ait fortement dérangé, j’ai su que tout cela me dérangerait à jamais et rien que de sentir votre présence intrusive sur cette plate-forme, à quelques ocularités de ma demeure, quelque chose en moi se déclenche tel un malaise que je ne peux soigner seul. Je n’ai pas choisi de vivre avec vous, un peu de retenue, bon sang ! Toutes les fois où je me suis arrangé pour organiser le sommeil de votre chère petite Agaga. Eh oui, j’ai baissé de nombreuses fois la télé bien bas à partir de 19h et cessé de faire de la musique ! Et non, je n’ai jamais emménagé la chambre du haut jouxtant celle de votre enfant pour ne pas la déranger pendant ses jolis rêves. Vous imaginez mes déplacements en tabouret dans la pièce juste à côté au moment je regagne ma chambre. Et si je n’arrivais pas à dormir, de quelle intensité seraient ses hurlements lorsqu’elle entendrait mes va-et-vient de nuits blanches. Vous êtes-vous déjà posé la question ? A tout cela, jamais un merci ! C’est tout simplement lamentable ! Là où réside l’inconciliable, devra tôt ou tard régner la justice équitable ! J’irai jusqu’au bout de ma démarche.
Mardi 13 mai 2008
« Madame l’Echevine de l’Urbanisme, Environnement, Patrimoine, Petite Enfance (Crèches et Prégardiennats),
Je me permets de vous écrire ce courrier pour solliciter votre intervention dans ce que j’appellerais un « déploiement urbanistique abusif » de la part de mes voisins du n°Xbis, rue Y.
Au début de l’année 2003, j’ai emménagé dans la maison familiale sise rue Y n°X, laquelle répondait enfin à mes besoins de personne handicapée à mobilité réduite. Ma condition ne m’a pourtant pas empêché de faire des études à l’U.L.B. et d’être l’initiateur d’événements humanitaires au profit des Restos du Cœur de Belgique sous le Haut Patronage du Palais Royal. Cette légère digression n’a pas pour but de vanter mes mérites mais de vous aider à mieux cerner ma personnalité.
En 2004, mes nouveaux voisins du n°Xbis rue Y ont entamé des travaux de transformation dont j’ai subi les agressions incessantes jusqu’à ce jour (martèlements et forages en tous genres et à toute heure). A mon grand étonnement, une veranda fut adossée au mur mitoyen de l’arrière-cour ; j’ai bien vite compris qu’il fallait que je réagisse auprès du service urbanistique de l’administration communale qui m’informa qu’il n’y avait pas de permis délivré. Par la suite, j’ai envoyé un courrier, resté sans réponse, à Monsieur D., Contrôleur des Travaux au Service de l’Urbanisme.
A la fin de l’année 2007, rebelotte ! En quelques jours, j’ai vu construire une terrasse sur le toit plat de l’extension-arrière donnant directement sur mon jardin… et sur ma cuisine ! Ces travaux sont une nouvelle atteinte à ma vie privée et une altération conséquente du bâtiment d’origine. Je refuse d’être soumis aux regards indiscrets de mes voisins et invités lorsque je m’adonne à mes activités quotidiennes. Mon handicap devrait naturellement susciter une retenue particulière; hors, la fantaisie expansionniste de mes voisins du Xbis ne connaît ni de limite ni de volonté de conciliation.
J’espère pouvoir compter sur votre intervention dans ce litige pour rétablir une certaine justice équitable et légale traduite, selon moi, par l’application conforme aux règles urbanistiques de la Commune, à savoir le retrait pur et simple de la terrasse et de la veranda.
D’avance, je vous remercie de l’intérêt que vous porterez à ma requête et vous prie de croire, Madame l’Echevine de l’Urbanisme, Environnement, Patrimoine, Petite Enfance (Crèches et Prégardiennats), en l’expression de mes sentiments distingués. »
