Vendredi 9 mai 2008 : Plein soleil. L’heure du midi. Je suis en train de prendre mon café tranquillement dans la cuisine. D’un seul coup, je vois surgir un crâne rasé par-delà la balustrade. Ce n’est pas un habitué, je le remarque tout de suite. Il parcoure l’horizon d’un air dégagé à travers ses lunettes noires et dépose sa mallette sur l’une des chaises adossées au rebord de cette construction aux multiples tubularités. L’on entend si bien ce qui se dit que je décèle directement un rendez-vous d’affaires. Genre : « 30.000 EUR…, », « Vous pouvez choisir celui qui vous plaît ! »
Qu’il est agréable de pouvoir accueillir ses clients, chez qui tout reste à séduire, sur le haut de son rocher tel un Monsieur « Je me prends pour le Roi Lion » n’existant à peu de chose près que par un torse bombé sur un panoramique plongeant ! Je remarque également que l’on avait pris garde à s’assurer le retrait léger de la table des négociations vers l’intérieur de la terrasse pour ne pas avoir à subir une fois de plus « les remarques outrageantes » de ce pestiféré des Herbes Hautes.
Le temps passe et je choisis de zapper sur cette problématique à chaque fois un peu plus dérangeante. Mais, tel un grain de sable déposé il y a quelques mois dans le mécanisme des conséquences inévitables, le téléphone retentit… En ligne, je vous laisse deviner,… Monsieur « Je me prends pour le Roi Lion » !
- M. JMPPRL : « Allô, Dolly, je ne te dérange pas ? C’est JMPPRL… »
- Dolly : « Non, qu’y a-t-il ? »
- M. JMPPRL : « Je ne te dérange pas ? »
- Dolly d’un ton légèrement exacerbé : « Non, qu’y a-t-il ??? »
- M. JMPPRL : « J’ai laissé tombé une feuille dans ta cour et je crois que ton chat a fait pipi dessus ???? »
- Dolly : « Je ne crois pas que mon chat fasse pipi sur les feuilles !!!! »
- M. JMPPRL : « Sisi, je crois qu’il a fait pipi dessus !!! »
Je me dis que ce JMPPRL commence vraiment à exagérer… Déjà qu’il a voulu m’imposer de force sa terrasse-mirador ! Maintenant, il voudrait m’imposer tous les problèmes qui en résultent, c’est consternant !!! On fait le malin devant ses clients, on parade devant ses voisins et on revient la queue entre les jambes pour récupérer sa feuille, c’est lamentable ! Je me dis qu’il doit pas mal prendre sur lui pour m’appeler.
- Dolly après quelques secondes de réflexion : « Bon, je me prépare à t’accueillir et tu viens chercher ta feuille dans cinq minutes ! »
- M. JMPPRL : « Bon, d’accord ! »
Cinq minutes plus tard, la sonnette retentit et je lui ouvre à distance.
- M. JMPPRL : « Y’a quelqu’un ??? »
- Dolly : « Oui, ici !!! »
- M. JMPPRL : « Ouhouh, y’a quelqu’un ??? »
- Dolly : « Oui, ici ! N’aie pas peur, je n’ai pas encore de riot-gun ! »
- M. JMPPRL en tendant le bras pour me serrer la main : « Je suis vraiment désolé, j’ai fait tomber une feuille dans ta cour et je crois que ton chat a fait pipi dessus !!! »
Je me demande vraiment pourquoi il insiste autant sur le pipi de chat. Etait-ce une manière peu subtile de tenter de me gêner et de par-là me forcer à lui restituer sa feuille rapidement ? Drôle de façon d’envisager le rapport aux autres. Ce type est vraiment très bizarre, encore une nouvelle stratégie pour si peu. Il doit être atteint de « stratéplasmose aiguë ! ». Le cas présente tous les symptômes d’une véritable affection. Bref, c’est son problème et je relâche les aiguilles du temps.
- Dolly : « C’est par-là, tu peux aller chercher ta feuille dans la cour ! »
J’observe le personnage vaquer à sa mission. Arrivé au lieu des opérations, il se baisse, prend la feuille, se relève et fait une pause. Il semble admirer la nature sauvage de mon jardin mais je décèle une étrange difformité sur son visage que l’on pourrait traduire par un sourire en coin. Et là, me vient une idée fugace. Aurait-il balancé cette feuille expressément par le dessus du mur afin d’élaborer un scénario pour pouvoir venir faire sa petite inspection des lieux ? Aujourd’hui, je continue à me poser la question. Une chose est sûre : cette pause était trop longue pour être considérée comme normale.
Quelques secondes en trop plus tard, il revient vient vers moi avec cette question pour le moins malhabile, je dirais même pour une fois mal habillée :
- M. JMPPRL : « Au fait, où en sont tes travaux pour insonoriser ? »
- Dolly : « Je ne vois pas de quoi tu parles !!?? »
- M. JMPPRL : « Mais si, tu avais dit que tu allais insonoriser l’endroit où tu faisais de la musique ! Ta cave ou je ne sais pas !!?? »
- Dolly interloqué par cette question audacieuse, mais tellement mal habillée qu’elle suscitait naturellement un blocage de circonspection, rétorqua poliment : « Prrruuttt ??? Je ne vois pas de quoi tu parles !!?? »
- M. JMPPRL : « Ah bon, je croyais pourtant que… C’est rien ! Au revoir ! »
Sans plus attendre et sans même me serrer la main cette fois, cet étrange personnage, pas mal décontenancé par ce que j’appellerais mon « Etonnant Prrruuttt ! » tourne les talons et s’en repart quelque peu défait. Je pense sincèrement qu’au niveau de la stratégie, il y a encore assez bien de travail à faire.
Et, dans ma grande magnitude, comme pour le soutenir moralement dans mon couloir de retour, je lui sers un dernier « Au revoir ! » que je recouvre d’un joli « J’espère que ta feuille n’est pas trop abîmée !!! ».
